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Préface du livre par l'abbé Bernard Le Gal, conseiller à la Commission diocésaine d'art sacré

Elle n'est vraiment pas banale cette aventure qui, à  partir d'un projet porté par une association - celle de la mise en valeur du patrimoine religieux du Quillio -, a conduit l'auteur, digne fils de ses aînés, à entreprendre une telle recherche puis à  en rassembler les fruits dans cet ouvrage.

Une aventure dans laquelle Francis Le Pottier s'est engagé le premier, en éclaireur, mettant ses pas dans les pas de ceux qui l'ont précédé. Il nous convie à  la vivre à notre tour en sa compagnie,  dans une sorte de démarche initiatique. Une initiation dont il nous confie qu'il a été lui-même trop longtemps privé durant son enfance et sa jeunesse ; son église, qu'il a si souvent fréquentée, demeurait malgré tout pour lui, faute d'initiateur,  un livre fermé. Cela ne donne que plus de ferveur et de fraîcheur à son témoignage. S'il entreprend dans les pages qui suivent un inventaire systématique des richesses du patrimoine religieux local,  s'il tient à en situer tous les éléments dans le mouvement de l'histoire - laissant ainsi transparaître l'image d'un peuple en marche -, il porte aussi constamment le souci, qu'il en soit remercié, d'en suggérer la dimension symbolique : ce qui se dit de l'Invisible par la médiation du visible.

Cette église, ce patrimoine religieux ont en effet quelque chose à nous dire. Ils témoignent de l'esprit d'entreprise des habitants du Quillio aux différentes étapes de leur histoire, de leur ténacité et de leur créativité sans cesse renouvelée, les générations successives ayant  eu à  coeur d'y  imprimer leur marque. Mais ils sont aussi  et surtout le témoignage de leur foi, du sens qu'ils donnaient à  leur vie sous le signe omniprésent de la Croix de Jésus Christ, mort et ressuscité. C'est sous le signe de la Croix, en franchissant le portail monumental, que l'on passe de l'espace public à  celui de l'assemblée liturgique par un  cheminement à  travers l'enclos paroissial o๠la mémoire des défunts vient s'inscrire dans la prière des vivants. Sous le signe de la Croix que les croyants se rassemblent à  l'église avant d'y être envoyés de nouveau vers leurs activités de tous les jours. Sous le signe de la Croix qu'est placée toute leur existence d'hommes et de femmes : chemins de croix, croix de chemins. Sous le signe de la Croix que le peuple chrétien, dans la dynamique de  ses processions comme de ses pèlerinages, donne à  voir et devient ce qu'il est appelé à être : peuple de Dieu en marche parmi les hommes.

Presque tout autant que celle des croix dans ce patrimoine religieux, la multiplicité des images de la Vierge Marie ne peut que frapper le lecteur, comme le pèlerin ou le visiteur. Nous avons là  le témoignage palpable de la grande dévotion de tant et tant de générations de Quilliotais à l'égard de celle qu'ils vénèrent et invoquent sous le double vocable de Notre Dame de Délivrance et de Notre Dame de Lorette : Marie, Mère de Jésus, Mère et modèle des croyants, maternelle éducatrice de leur foi et de leur espérance.

Ce que nous dit aussi ce riche patrimoine religieux, c'est qu'il faut le recevoir aujourd'hui comme des héritiers en même temps que comme des bâtisseurs. Des héritiers, car ce patrimoine reçu, il convient de le préserver, de l'entretenir, de le mettre en valeur,  d'apprendre à  le découvrir, à  entendre ce qu'il a à  dire, à  en partager les richesses, devenant ainsi  à  notre tour initiateurs à  ce livre grand ouvert,  aussi bien pour les paroissiens -  notamment les jeunes générations -  que pour les visiteurs ou les touristes.  Ce riche patrimoine, il revient aux Quilliotais et aux Quilliotaises de notre temps d'en être aussi les bâtisseurs, soucieux entre autres, après le stade du provisoire, d'aménager un espace liturgique digne et beau, plus conforme aux orientations du Concile Vatican II,  et,  comme n'ont cessé de le faire leurs devanciers, de faire appel à  des créateurs contemporains.  De sorte que cette église, légitimement classée Monument Historique, n'apparaisse pas seulement comme une sorte de musée consacré aux richesses du passé, mais donne à  voir,  en même temps que l'image d'une Eglise enracinée dans une longue histoire, celle d'une Eglise aujourd'hui vivante, faite de « pierres vivantes » (1 P.2,5 ), appelée à  être, selon les mots du Concile Vatican II, « signe de salut levé au milieu des hommes », signe d'espérance ! Ainsi va la Tradition : non pas figée, pétrifiée à  tel ou tel moment de l'histoire, mais vivante comme les hommes et les femmes qui se la transmettent, soucieux de demeurer fidèles aux valeurs de leur passé,  tout en les incarnant dans le présent  qui est le leur pour pouvoir se projeter vers l'avenir.

Puisse cet ouvrage contribuer à  faire connaître le riche patrimoine religieux du Quillio et  entendre le message de vie dont il est porteur. Puisse-il aussi préparer  le chemin pour un dénouement heureux des projets de sa restauration.


Bernard Le Gal